Les dessous du numérique

Si le phénomène des séries n’est pas nouveau, il est en revanche évident qu’il gagne en intensité, de plus en plus de moyens étant alloués à leur réalisation. Non seulement la rentrée 2014 sera l’occasion du lancement de nombreuses nouveautés parmi lesquelles certaines sont le fruit de l’imagination des meilleurs réalisateurs de cinéma, mais il va être plus facile de les regarder. De Netflix à Serieflix, les plateformes de visionnage offrent une sérieuse alternative au streaming et à ses aléas.

Les séries fascinent. Les scénarii, la plupart du temps savamment élaborés, dotés d’une architecture sophistiquée, porteurs d’une vision percutante de nos sociétés contemporaines, et riches de personnages aux psychologies fouillées, manquent rarement d’accrocher notre attention. Pour peu que les épisodes soient ponctués de cliffhanger (dénouement, à un point crucial de l’intrigue qui pousse le téléspectateur à regarder la suite) et nous voilà de sérieux binge-watcher (le bing-watching est une pratique qui consiste à regarder la télévision ou tout autre écran à très haute fréquence).

Les séries offrent un nouveau terrain d’expression aux réalisateurs ne se retrouvant plus dans le format de cinéma classique et désireux d’explorer leurs personnages plus en profondeur. Ce n’est pas un phénomène nouveau comme on essaye de nous le faire croire. Alfred Hitchcock l’a déjà fait en son temps en réalisant la célèbre anthologie de 18 épisodes Alfred Hitchcock Presents. David Lynch s’est également prêté à l’exercice avec Twin Peaks ou encore Robert Altman avec Tanner’88.

Aujourd’hui, c’est Guillermo del Toro qui a présenté sa nouvelle série, Strain, aux Etats-Unis en juillet 2014 ou encore Steven Spielberg, auteur de la série The Extant mettant en scène Halle Berry. La liste est non exhaustive et les histoires que ces réalisateurs s’apprêtent à nous conter sont toutes aussi alléchantes les unes que les autres. Le format de la série a manifestement gagné ses lettres de noblesse et, loin d’être considéré comme un art mineur, fait même l’objet de recherches universitaires. C’est dire à quel point le phénomène passionne, bien au-delà du divertissement.

Dans ce contexte, l’arrivée en France de Netflix à la rentrée, considéré comme l’eldorado de la série, est un événement. Mais il semblerait qu’à son propos beaucoup de bruit soit fait pour rien. La plateforme de visionnage américaine est boycottée par la quasi-totalité des opérateurs. Elle ne sera disponible ni sur Free ni sur Orange qui ont tous deux refusé d’accueillir la plateforme de vidéos à la demande dans leur box.

Bouygues Telecom laisse planer le doute dans la vidéo de présentation de sa future box, mais aux dernières nouvelles il n’y a pas d’accord officiel pour le confirmer. Or, selon baromètre de GfK et du CNC, les box représentent 78 % du marché de la vidéo à la demande, contre seulement 22 % pour un visionnage sur ordinateur. Voilà qui rend la tâche bien plus ardue pour Netflix. En outre, Numericable lancera d’ici la fin de l’année un service concurrent sous le nom de code Serieflix. L’information est certifiée, la capture d’écran de la plateforme étant visible dans un article du Point. « On va lancer un nouveau service sur les séries très prochainement », a confirmé aux « Echos » Jérôme Yomtov, directeur général délégué de Numericable.

Cette offre alternative au géant américain a de grandes chances d’être envisagée par plus d’un adepte de série. Et ce pour plusieurs raisons : les internautes précurseurs ayant testé la plateforme sous VPN semblent généralement ravis de leur premier mois d’abonnement, principalement parce qu’ils découvrent les séries produites par Netflix, dont l’haletant House of Card. Mais ils se disent déçus ensuite par la pauvreté intellectuelle du catalogue.

En réponse à un article louangeur, un internaute désabusé décrit la réalité de l’offre Netflix : « 95% du catalogue correspond à des navets » n’étant pour certains « jamais sortis au cinéma », il n’y a que « 4 % de grands classiques du cinéma » et seulement « 1 % de nouveautés relativement fraîches avant la diffusion en France ». Si le prix est intéressant, la qualité n’est pas au rendez-vous : « L’éditorialisation du catalogue c’est pas vraiment ça » conclut-il. En outre, Netflix ne pourra légalement diffuser les films que 3 ans après leur sortie au cinéma.

Quoi qu’il en soit, la rentrée promet d’être riche en découvertes. Les amoureux de séries vont devoir sérieusement organiser leur emploi du temps pour avoir le plaisir de découvrir les dernières nouveautés, cette passion ayant la réputation d’être particulièrement addictive et chronophage.

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