Les dessous du numérique

L’importance de la place du numérique dans l’économie n’est plus à prouver depuis bien des années. Mais parce qu’elle représente le vecteur nécessaire d’une mondialisation aujourd’hui bien plus qu’entamée, cette technologie tournée exclusivement vers le futur doit être maîtrisée par quiconque souhaite jouer un rôle majeur à l’échelle mondiale. Reste à savoir si la France peut effectivement prétendre à un tel rôle à l’aune de ses avancées dans l’industrie numérique.

Visioconférences, jeux vidéo en ligne, réseaux sociaux et ingénierie de l’aviation civile. Quatre domaines ou activités qui n’ont, a priori, pas grand-chose en commun. L’énumération pourrait d’ailleurs être étirée davantage, mais la logique de la suite n’en serait que plus brouillonne. Pourtant, il est une chose primordiale qui réunisse toutes ces thématiques. Une chose sans laquelle les activités citées ne pourraient être aussi performantes, ni même exister. Le dénominateur commun nécessaire à leur bon fonctionnement, c’est l’intelligence numérique. Egalement appelé économie numérique, ce pan important de l’industrie mondiale est constitué de l’ensemble des secteurs basés sur les technologies de l’information et de la communication (TIC). Autrement dit, le numérique regroupe la totalité des services et des équipements de télécommunications, les logiciels, les services et le matériel informatiques, ou encore les services audiovisuels.

L’économie numérique, un secteur à enjeux en pleine expansion

Selon le rapport du Medef intitulé « Faire de la France un leader de l’économie numérique » et publié en 2008, l’importance des TIC est double. D’une part parce qu’elles représentent un secteur de plus en plus important, d’autre part parce qu’elles ont des effets transversaux sur les autres secteurs d’industrie et de service, entraînant par-là même des accroissements de productivité et, nécessairement, une reformulation des stratégies d’entreprise. Esquissée dans les années 90, cette branche de l’économie éminemment tournée vers le futur s’est essentiellement développée dans les années 2000, entraînant un bouleversement profond des pratiques non seulement économiques, mais également sociales et culturelles. Ainsi, la compétitivité et la croissance, la modernisation des services publics ou, tout simplement, la généralisation de l’accès à l’information et à la culture sont autant d’accomplissements envisageables – et envisagés – pour le développement économique et social de la France et son rayonnement futur.

Si le numérique contribuerait effectivement au quart de la croissance du PIB en France, celle-ci reste le cinquième marché après les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni et l’Allemagne, d’après le rapport du Medef précité. Ainsi la part française du marché mondial de l’économie numérique – plus de 100 milliards d’euros ! – équivaudrait à environ 3 à 4%, l’ensemble des acteurs des TIC représentant plus de 800 000 actifs dans l’hexagone. Pourvoyeur d’emplois, donc, le secteur numérique est d’ailleurs plutôt bien perçu par les Français : 65% d’entre eux estiment que le pays est bien placé dans la compétition numérique mondiale et 57% considèrent que cette branche majeure de l’économie sera de plus en plus créatrice d’emplois. De manière anecdotique, 71% des nationaux seraient même prêts à conseiller à leurs enfants d’y travailler… Plus fondamentalement, la France et les pouvoirs publics semblent avoir pris conscience des grandes potentialités offertes par le numérique, comme en témoignent la création d’un secrétariat d’Etat chargé du développement de l’économie numérique en 2008 et, plus symboliquement, l’érection de ce domaine en thématique ministérielle, accolée à l’économie et au redressement productif au sein du gouvernement de Manuel Valls.

De la fibre optique à la sensibilisation des élèves au numérique

Son prédécesseur à Matignon, Jean-Marc Ayrault, avait d’ailleurs présenté en février 2013 une feuille de route pour le numérique, dont il est possible, un an plus tard, de dresser un premier bilan. Parmi les mesures phare proposées et mises en œuvre par le gouvernement, le « très haut débit » (THD) détient une place de premier ordre puisqu’un investissement de 20 milliards d’euros – public et privé – est programmé, afin de couvrir en THD les zones les moins denses du territoire. D’ici cinq ans, l’exécutif chiffre le nombre de foyers effectivement couverts à hauteur de 4 millions – en plus des 10 millions qui bénéficient déjà de cette technologie. L’objectif final, audacieux quoi qu’assumé, du président de la République, étant de couvrir 100% de la population française en THD d’ici 2022. Pour ce faire, il est indispensable que la France – qui fait partie des pionniers en la matière – poursuive ses recherches et son développement de la fibre optique, technologie maîtresse dans l’expansion du THD et, indirectement, de l’économie numérique. Le pays peut d’ailleurs compter sur ses ressources et ses capacités industrielles très poussées dans ce domaine, au premier rang desquelles Numericable, premier câblo-opérateur français.

Si le dessein très estimable de François Hollande est de pourvoir aux besoins de tous les Français en matière de connexion internet, cet investissement est toutefois bien ciblé et a des objectifs très précis sur le moyen-long terme. Ainsi le président de la République espère-t-il « faire du numérique une chance pour la jeunesse », en prévoyant le raccordement au THD « pour toutes les écoles d’ici à la rentrée 2014. » Fer de lance de sa campagne présidentielle en 2012, la jeunesse, parce qu’elle représente le monde professionnel de demain, doit bénéficier en priorité, selon M. Hollande, des nouvelles technologies offertes par la révolution numérique. Ce sont quelque 150 000 enseignants qui recevront par conséquent une formation « à l’usage pédagogique des technologies de l’information et de la communication », afin de sensibiliser dès leur plus jeune âge les élèves au monde du numérique. Et pourquoi pas créer quelques vocations.

Car si la France se donne les moyens, depuis quelques années, de développer et faire fructifier son capital numérique, encore faut-il que ce secteur soit suffisamment séduisant pour y attirer l’intelligence propre à le faire fonctionner. De la même manière que l’éducation civique est primordiale pour les futurs citoyens que sont les élèves, l’enseignement des enjeux de l’économie numérique aujourd’hui en France paraît de facto tout aussi indispensable. Ce pan de l’industrie doit devenir la promesse d’une employabilité massive d’ici quelques années, afin de redorer in fine l’économie française malade de tant d’années de désindustrialisation. Et entre les services informatiques, les jeux en ligne, les réseaux sociaux ou l’ingénierie en général, les futurs actifs n’ont que l’embarras du choix.

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