Les dessous du numérique

Le rachat de SFR par Numericable et sa maison-mère Altice, encore soumis aux derniers contreseings des autorités compétentes, n’est plus qu’une question de temps. Le principal câblo-opérateur français va ainsi devenir le quatrième grand acteur de la téléphonie mobile en France, ce qui ne l’empêche pas de maintenir ses ambitions concernant le développement du « très haut débit » sur le territoire national.

Les discussions ont été âpres, les candidats forts de propositions et l’affaire scrutée en plus haut lieu. Parce qu’elle intéresse directement l’avenir concurrentiel d’un secteur en développement et, par-là même, le pouvoir d’achat des Français, la vente de SFR, l’un des majors de la téléphonie mobile en France, aura assurément des répercutions dans l’économie à plus ou moins long terme – aussi bien l’économie en générale que l’économie numérique. Des deux candidats au rachat – Bouygues et Numericable –, c’est finalement l’offre du second, câblo-opérateur pionnier dans le secteur de la fibre optique, qui a retenu l’ultime attention des dirigeants de Vivendi, Jean-René Fourtou et Jean-François Dubos.

Une concurrence maintenue pour un pouvoir d’achat préservé

Après que le conseil de surveillance de Vivendi a rendu son verdict à la faveur exclusive du câblo-opérateur pour entamer des négociations, les deux patrons ont tout de même souhaité s’assurer que l’Elysée ne s’opposerait pas à un tel choix. Si Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, s’était clairement prononcé pour l’offre de Bouygues, le secrétaire général de l’Elysée, Emmanuel Macron, leur a toutefois confirmé que la présidence de la République n’userait pas de son droit de veto. La situation financière et fiscale du nouvel acquéreur de SFR est pourtant loin d’être rassurante : endettement à hauteur de dix milliards pour l’opération de rachat et risque certain d’évasion fiscale. Telles étaient les craintes de M. Montebourg en affichant son soutien au concurrent de Numericable.

Par conséquent, Patrick Drahi, principal actionnaire du nouveau propriétaire de SFR, doit encore selon l’ancien ministre du Redressement productif clarifier sa situation pour que des « questions fiscales » lui soient posées. Mais le rachat par Numericable de l’un des trois majors de la téléphonie mobile – Orange, Bouygues et SFR – permet de maintenir un certain niveau de concurrence dans un secteur trusté par certains « gros », qui s’ouvre cependant petit à petit. Ainsi l’arrivée de Free dans le paysage français de la téléphonie mobile et de l’internet en 2012 a-t-elle grandement soulagé le porte-monnaie des Français. Prix cassés et libre jeu de la concurrence ont grandement participé à revaloriser le pouvoir d’achat des ménages ; tendance qui ne peut être que poursuivie avec l’émergence du dorénavant quatrième grand acteur qu’est Numericable.

L’accélération potentielle du développement de la fibre optique en France

Le maintien de la concurrence dans la téléphonie française n’est pas le seul avantage du rachat de SFR par le groupe détenu en majorité par Altice. En avance sur le « très haut débit » (THD) et sur la fibre optique, Numericable est en effet l’un des pionniers dans le développement de cette nouvelle technologie qui permet une célérité sans égal dans la transmission de données – télévisuelles, téléphoniques, informatiques. Parce qu’elle représente un vecteur clé exclusivement tourné vers le futur des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC), l’industrie de la fibre optique est primordiale pour l’économie et le rayonnement de la France à l’échelle européenne et mondiale.

Considéré comme le leader des réseaux THD en France – dont une petite partie seulement en « tout fibre optique » –, Numericable concentre 75% des abonnés THD, selon l’Observatoire des marchés des communications électroniques pour le deuxième trimestre 2013, publié par l’Autorité de régulation des télécommunications (ARCEP) le 5 septembre 2013. Mais le nombre total d’abonnés – 540 000 – et celui des logements éligibles à la technologie FTTH (« jusqu’au foyer ») – trois millions – doivent encore grossir pour que s’esquisse une véritable « France très haut débit ». Alors que Patrick Drahi estime que son « projet est un projet industriel de long terme » concernant, entre autres, la fibre optique, il serait bon que le nouveau mastodonte des télécommunications maintienne et accroisse ses exigences au niveau de l’expansion de la fibre optique sur le territoire national.

À l’heure où la France souffre d’une désindustrialisation qui paraît de plus en plus inexorable, la clé d’un véritable redressement productif se trouve peut-être dans le développement des nouvelles technologies. Toutefois, si le rachat de SFR par le principal câblo-opérateur français permet de maintenir une dose de concurrence sur le marché de la téléphonie mobile, le secteur de la fibre optique reste l’apanage quasi-exclusif de Numericable. Si bien que la question d’une concurrence faussée de ce marché émerge petit à petit. Cependant, peut-être vaudrait-il mieux remettre à demain ces interrogations très eurocrates, afin de se concentrer sur le développement effectif du très haut débit en France. Et laisser à l’Union européenne le soin de vérifier le respect du sacrosaint principe de libre concurrence. Car ça, elle sait faire.

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