Les dessous du numérique

Est-on en train d’appréhender dans quelle mesure le numérique va affecter la manière dont notre société est organisée ? Il semblerait que de plus en plus, analystes et chefs d’entreprises réalisent l’ampleur de la révolution numérique. Systémique, elle va nécessairement conduire à repenser les fondements mêmes des modes de travail.

Un ouvrage de Gilles Babinet intitulé « L’ère numérique, un nouvel âge de l’humanité » qui vient de paraître s’accorde à dire que l’émergence du numérique est comparable à l’invention de l’imprimerie. 5 mutations sont en train d’opérer au sein de nos sociétés et vont profondément bouleverser la connaissance, l’éducation, la santé, l’industrie et l’État.

Cette analyse est largement validée par les grands chefs d’entreprise. « Nous sommes au début d’une révolution technologique. L’Internet va bien plus loin, car l’Internet touche tout : il a un impact économique, un impact sur les process, sur la vie sociale et sur la vie des gens. Internet va bien au-delà de l’écriture », a déclaré Pierre Nanterne, président-directeur général d’Accenture Monde, dans Good Morning Business, avec Stéphane Soumier.

Le son de cloche est le même pour Guillaume Pannaud, patron du troisième groupe publicitaire français, et l’invité du « Buzz Média Orange-Le Figaro ». « Le digital est un bouleversement, mais c’est un bouleversement heureux qui provoque du changement dans les entreprises, dans les organisations » a-t-il déclaré.

En effet, pour les entreprises, les enjeux organisationnels sont énormes. Elles peuvent désormais compter avec de nouvelles pratiques pour le développement de leurs activités. Ces pratiques sont recensées par Nathalie Dupuis-Hepner et Éric Villemin, membres des Company Doctors, réseau de consultants en entreprise. Mais elles portent aussi avec elles de nouvelles problématiques, notamment en termes de sécurité.
 

Le nuage, aussi appelé Cloud Computing, est la première technologie mentionnée par les deux consultants. Autrefois contraintes d’acheter leurs propres licences logicielles de gestion et de disposer de leurs propres serveurs, gérés par des informaticiens, les entreprises ont aujourd’hui la possibilité de faire migrer en ligne aussi bien leurs applications de gestion que leurs données. Pour cela, elles font appel à des prestataires qui hébergent ces informations dans des centres de données.

L’adoption du cloud s’est faite très progressivement, car les chefs d’entreprises craignaient pour la confidentialité de leurs données. Cette technologie est désormais démocratisée, mais les entrepreneurs accordent une importance toute particulière aux garanties de sécurités offertes par les fournisseurs de Cloud. La France, contrairement à d’autres pays, dispose d’un corpus législatif soucieux de la sécurité de ces données.
 

Selon Xavier Pican, associé IP/IT du cabinet Lefèvre Pelletier et Associés, a fait part de son expertise au 3e opérateur national de télécommunications B2B Completel, qui propose des services de Cloud et d’hébergement : « les hébergeurs ont des obligations en matière de protection des données personnelles notamment une obligation d’identification, de conservation des données de connexion et d’intervention en cas de signalement d’un contenu illicite, de stockage des données transmises et de sécurité des données ».

Viennent ensuite les API (Application programming interfaces). Dans un langage simple, c’est ce qui permet à un programme informatique de profiter des fonctionnalités d’un autre programme informatique. Twitter donne par exemple lieu à une multitude d’applications utilisant de différentes manières les données rendues disponibles par le réseau social. Là encore, la sécurité est aussi un enjeu majeur, notamment pour les télécoms. Depuis que certains d’entre eux ont décidé d’ouvrir leur API, les opérateurs doivent faire face à des risques de sécurité et à des pertes potentielles de revenus.

L’open data et la co-innovation terminent la liste. L’ouverture des données, notamment les données des entreprises telles que la SNCF ou la RATP pour ne donner que les exemples les plus évidents, permet déjà l’émergence d’applications renseignant utilement les voyageurs. Mais là aussi, inutile de dire que l’open data donne du grain à moudre aux professionnels de la protection numérique. Quant à la co-innovation, elle permet la synergie entre de grands groupes et des start-ups, pour des équipements et des connaissances mutualisées.

Autant de technologies et d’outils numériques évoluant vers toujours plus de partage et de collaboration qui modifient en profondeur la vision qui prévalait pour les projets d’entreprise. Loin d’en avoir peur, les dirigeants doivent s’en emparer, sans quoi ils peuvent être sûrs de perdre toutes leurs chances de rester compétitifs sur le marché de demain.

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