Les dessous du numérique

Comment s’y retrouver dans l’extraordinaire masse d’informations qui contribue à créer la culture Internet ? On peut citer Buzzfeed créé il y a sept ans. Aujourd’hui, ce site permet de voir ce qui émerge et se distingue dans cette culture. Avant Buzzfeed, le plus fréquent était de se connecter à Digg et à Reddit, des sites communautaires dont le contenu est fourni et classé par les utilisateurs eux-mêmes. Si Reddit fait figure d’autorité, il faut pourtant s’armer de patience pour y voir clair dans l’activité communautaire qui fait vivre cette interface. Par ailleurs, les sous rubriques, appelées subreddits sont tellement illimitées qu’il est facile de s’y perdre.

En revanche, Buzzfeed propose un contenu qui lui est considérablement édité. Il est couplé à un programme informatique qui décrypte les tendances instantanément. Sur cette plateforme, les informations sont relativement bien hiérarchisées. Il existe des sections spécifiques définies, comme celles consacrées aux people ou aux sports. Quant à la variante française, elle sera prochainement accessible.

Si Buzzfeed se distingue par son contenu édité et écrit. Ce plus a un prix, et plutôt élevé. À produire, mais aussi, et surtout, le coût de traduction. On ne peut pas dire que les programmes de traduction automatique transcrivent le contenu de façon parfaite ! C’est le moins que l’on puisse dire. Le site Buzzfeed s’est donc associé à Duolingo dont les coûts de traduction sont très intéressants. Il fallait y penser : le contenu est traduit gratuitement par des internautes qui, à l’autre extrémité de la chaîne, font tout simplement des exercices disponibles sur des sites de cours de langues online. Si le résultat est parfois aléatoire, il est de loin de bien meilleure qualité que les services proposés par les logiciels de traduction spontanée.

On peut donc dire que Duolingo fait travailler les internautes sans les rémunérer. C’est ce que l’on nomme le crowdsourcing, le travail gratuit.

Ce travail gratuit n’est pas appelé comme tel. Il se cache derrière un soi-disant service non payant. Aujourd’hui, quoi qu’on en dise, c’est un système incontournable de la Net-économie et de l’environnement numérique. Duolingo incarne parfaitement cette tendance. Et pour cause, sa puissance financière ne dépend pas de quelques salariés, mais repose sur ses 10 millions de membres. Ainsi, la société prend une valeur incontestable, même CNN est son client. Elle pourra ainsi s’acheter à prix d’or d’ici quelque temps par des géants du numérique, Google, Yahoo, Facebook, Apple, Amazon, Microsoft, pour ne citer qu’eux.

Conclusion, ce qui se passe aujourd’hui est assez simple : on croire aux internautes qu’on leur offre un service gratuit. En contrepartie, ils livrent des données privées à des annonceurs, à de potentiels employeurs ou clients. Voilà, comment fonctionne actuellement une certaine économie numérique.

En revanche, dans le cas de Duolingo, peut-être est-ce différent ? Cette société tente en effet de privilégier des activités à bénéfice double : traduire du contenu, et dans le même temps, apprendre une langue étrangère. Cet échange de bons procédés n’a pas qu’une valeur économique, mais a aussi un effet qui est positif socialement. Elle offre des contenus de plus en plus traduits et donc accessibles à de plus en plus de personnes. Cela permet également de numériser des documents qui auraient dans le cas contraire, probablement disparu.

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