Les dessous du numérique

Vu des États-Unis, l’espionnage de la NSA fait également couler de l’encre, mais le point de vue n’est pas du tout celui des Français. Pour les Américains, nous devrions être contents que l’on s’intéresse à nous. Dans l’absolu, cela montre que nous avons encore une certaine influence.

En France, les révélations successives de l’espionnage de la NSA ont suscité une grande indignation. Pourtant, de l’autre côté de l’Atlantique, notre réaction est tournée en dérision, jusque dans des titres majeurs comme le Los Angeles Times. Les Américains font-il preuve d’une extrême arrogance et d’une incapacité à se remettre en question, ou sommes-nous vraiment ridicules ?

Dans les faits, d’après le journal Le Monde, la NSA aurait collecté plus de soixante-dix millions d’informations, au cours d’écoutes téléphoniques sur notre sol, et cela, en un mois seulement, depuis décembre 2012. Ce qui laisse imaginer le volume des données collectées ! Ces dernières concerneraient des individus soupçonnés d’être en lien avec des organisations terroristes, mais plus largement, des personnalités politiques, d’autres appartenant au monde des affaires ou à celui de l’administration française.

La thèse qui est défendue aux États-Unis est que nous ne devrions pas nous indigner. D’abord, nous ne sommes pas les seuls : la NSA aurait également espionné l’ancien président mexicain Felipe Calderon, les gouvernances allemandes et brésiliennes. Il est fort à parier que les révélations vont continuer, et que bien d’autres dirigeants sont la cible des services de renseignements américains.

Aux États-Unis pourtant, les grands médias ne sont pas loin de se moquer de nous. Pour eux, le véritable motif d’accablement aurait été de ne pas avoir été espionné. L’équation est vite faite : dans l’univers du renseignement, et du renseignement numérique, être espionné est une marque de confiance si on peut dire. Cela prouve que l’on est important. Pour résumer, ce serait bien mieux que d’être laissé de côté.

Si nous sommes outrés, nous ne nous étendons pas pour autant sur notre très vaste dispositif de contrôle électronique. Il serait en mesure d’épier les échanges en France et aussi ceux qui proviennent de chez nous vers des personnes à l’étranger. Ainsi, les emails, appels téléphoniques et SMS seraient surveillés, ainsi que les posts diffusés sur les réseaux sociaux. Comme d’autres, l’État français espionne ses citoyens. En revanche, il ne supporte pas être dans la ligne de mire.

Dans l’univers numérique et connecté dans lequel nous vivons, le droit – légitime – des individus pour la protection de la vie privée est en train de se réduire comme peau de chagrin. Demain, mais sans aucun doute déjà aujourd’hui, rien ne sera secret pour les États. Dans le monde électronique, les géants liés au numérique comme Facebook, Google ou Amazon sont aussi très intéressés par ce que nous sommes, ce que nous faisons et nos données. Le respect de la vie privée est peut-être une valeur qui va disparaître.

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